Compte rendu Transmassif
par Pierre Ouagne
Pour ceux qui ne le sauraient pas, la Transmassif est une épreuve de raid par étape traversant cette année le massif central du Puy de Dôme jusqu’à Villeneuve les Maguelone (près de Montpellier) en 8 étapes du 23 au 30 Avril. Le but de cette épreuve est de ramasser des balises obligatoires qui correspondent à des distances parcourues, et des balises bonus qui correspondent aussi à des kilomètres parcourus. Le tout doit se faire dans un temps limité pour valider dans un premier temps les bonus et dans un second temps les balises obligatoires.
Initialement, je devais effectué cette épreuve au sein d’une équipe Raid Up formée pour l’occasion. Malheureusement, la blessure tardive d’un coéquipier n’a pas permis de mener le projet à son terme. Cependant, j’ai eu la possibilité d’intégrer pour l’occasion l’équipe « section raid de sport évènement » à qui il manquait aussi un co-équipier. L’équipe initialement avait prévu jouer les premiers rôles. Je ne savais pas trop comment me situer vis à vis de cela. Pour jauger cela, nous décidons que je ne prendrai pas le premier relais à pied (il y a toujours 3 raideurs en course sur 4 co-équipiers) au départ du sommet du Puy de Dôme. Cette descente raide laissera des traces (une élongation à un mollet pour un co-équipier, et bassin déplacé pour un autre) pour cause de manque de temps d’échauffement. Au premier relais, me voilà donc parti en VTT. Cela roule assez fort, mais ça va je peux suivre sans problème. Nous nous apercevons que nous sommes pas mal. Malheureusement, au niveau d’une balise enlevée, nous restons trop longtemps, et perdons de peu le podium du jour pour finalement être 4 eme. Je suis content d’être là et aussi bien placé, mais un peu inquiet au niveau des blessures des co-équipiers.
Dimanche 24 Avril une bien grosse étape dans des condition difficiles
Le lendemain, sera une des étapes les plus dures de la semaine. Nous commençons l’étape par une section montagne au Mont Dore. L’ascension du Puy de Sancy (entièrement enneigé) se fait en compagnie des meilleurs. Nous prenons même la tête dans la descente ou le brouillard nous a rattrapé. A ce moment la, nous prenons une mauvaise option en orientation, et perdons du terrain. A la fin de la section, il y a de la confusion avec le pointeur qui nous fait retourné sur nos pas alors que nous avions toutes nos balises. Finalement, nous perdons beaucoup de temps, mais cela n’est pas dramatique. Nous sommes bien décidés à repartir fort pour une après midi entièrement VTT. Il pleut toujours (une pluie froide bien sur et forte par moment), et la traversée des grands espaces du Cézallier (partiellement enneigés) n’est pas de tout repos vu le rythme que nous nous imposons. Assez rapidement, nous prenons la tête. Nous tentons un bon nombre de balises bonus. Nous avons le temps pour arriver à temps pour la validation. Malheureusement, je crève (une épine). Nous perdons du temps car la bombe anti crevaison que nous avons ne correspond pas à mes grosses valves. Il faut changer la chambre. Finalement nous manquons de peu les bonus alors que nous étions les seuls à pouvoir les valider. Nous finissons finalement la journée en perdant quelques places du fait de la confusion du matin et de ma crevaison. Nous sommes frustrés de ne pas avoir été payés de nos efforts de l’après midi et pestons contre la malchance d’avoir crevé au mauvais moment. Etait ce un signe de ce qui allait suivre le lendemain ?
Lundi 25 avril « le lundi noir »
Cela commence au départ par une crevaison lente au niveau d’un pneu d’un coéquipier. Je prends le départ alors que je devais m’économiser par rapport aux efforts de la veille. Apres une bonne heure de course nous voilà au contact avec les deux équipes de tête. C’est alors que ma chaîne casse dans une montée raide. Nous en sommes pour quelques minutes de réparation. Rien de trop grave pour le moment. Arrive alors un grand parcours Kayak sur la Truyère au dessous du viaduc de Garabit. Le vent est défavorable, et notre Kayak n’est pas très performant. Bref, malgré une bonne dose d’énergie dépensée, les coéquipiers présents sur le Kayak ne peuvent valider les bonus contrairement à bon nombre d’équipe. Le fait d’avoir un kayak rapide est indispensable si on veut jouer les premiers rôles. A l’arrivée du kayak, un coéquipier (qui n’avait rien jusque la) tire sur le kayak pour le sortir de l’eau. Il ressent alors une forte douleur derrière la cuisse, une bonne élongation. Nous partons tout de même à pied sur un parcours facile et validons les bonus. Cependant, la douleur empire. Nous nous retrouvons alors avec deux blessés. Heureusement, ils sont opérationnels en vélo. L’après midi, est entièrement consacrée au VTT. Nous sommes pas trop mal, jusqu’à ce que je crève. Changement rapide de chambre, et nous repartons…. pour 50 m. Nous cherchons cette fois ci ce qui a provoque la crevaison. Nous ne trouvons rien. On remet une chambre, et on repart pour 75 m. La nous décidons d’enlever le pneu. Nous cherchons un bon moment au niveau de la jante ce qui a pu se passer. Finalement après que la plupart des équipes nous soient passées devant je m’aperçois que le pneu a du être déchiré par un silex expliquant donc les pincements. Nous avons la chance dans notre poisse d’avoir un bout de pneu de route dans la trousse de secours. Nous le plaçons au niveau de la déchirure et mettons notre dernière chambre. Nous prions pour que cela reparte en rigolant jaune. Finalement cela semble tenir. Je roule en danseuse plusieurs kilomètres et je décide de m’asseoir. Cela ira jusqu ‘au dernier point d’assistance. Inutile donc de dire que nous n’avons pu valider les bonus, contrairement à la grande majorité des équipes. Nous finirons cette étape à la 17 eme place sur 22 au domaine du sauvage sur le plateau de la Margeride (ou subsiste un peu de neige dans les prairies couvertes de jonquilles) dans une réserve de bisons d’Europe que nous ne verrons malheureusement pas. Nous n’avons pas trop chaud au bivouac mais nous passons une nuit correcte. Nous sommes maintenant 14 ème au général
Mardi 26 Avril le retour du beau temps
La matinée en VTT se passe plutot bien et le choix des balises bonus prise est semble t’il le bon. De plus, toutes les balises kayak seront prises malgré le déficit de vitesse du bateau. L’après midi débute également bien en VTT. Arrive ensuite la section à pied de 18 km. Les deux non blessés sont des choix évidents pour l’épreuve. Il faut ensuite choisir le coéquipier qui pourra essayer de limiter la casse. Apres une bonne série de coupes de notre orienteur (Stéphane) nous nous retrouvons en tête avec les meilleurs. Malheureusement ensuite, nous devons suivre pendant plusieurs kilomètres un chemin évident et bon nombres d’équipes nous rattrapent. Nous ne validerons pas de bonus, et en plus nous perdons du temps pour la suite en VTT car nous ne pouvons pas réellement courir. Nous ne pourrons pas non plus valider les bonus VTT de fin de journée pour quelques minutes. Dommage, mais nous avons limité la casse. Nous remontons autour de la 11 ème place.
Mercredi 27 Avril la chance tourne, ou presque avec une deuxième place d’étape
Voyant que la fatigue s’était installée sur bon nombre d’équipes, l’organisateur de l’épreuve décide que seulement deux coéquipiers devront prendre du Mont Lozère part aux différentes épreuves de la journée aux travers des causses, des gorges du Tarn et du massif de l’Aigoual. Du Mont Lozère, le départ est donné à VTT. Nos deux coéquipiers qui commencent à se remettre prennent un bon départ en VTT . Ils nous passent le relais pour attaquer le Causse avant une belle descente dans les gorges du Tarn. Nous rattrapons les deux équipes parties avant nous décidés à très bien faire. Apres avoir sollicité quelques relais avec Cap 03 et La Clusaz, nous voyons qu’il vaut mieux essayer de faire la différence. Nous accélérons, et en effet personne ne nous suit. Nous pointons une balise, puis une deuxième. A ce moment la, mon coéquipier casse sa chaîne à coté d’un journaliste de France 3 qui nous filme et nous pose des questions. Je crains pour les réponses que Stéphane s’énerve, mais non, il répare très rapidement sa chaîne et nous repartons après que 7-8 équipes soient passées. Nous décidons de tenter le tout pour le tout en effectuant une coupe hors chemin sur le Causse. En fait il y avait un chemin non marqué sur la carte, et nous remontons, en prenant tous les bonus. Nous arrivons alors sur la route des gorges du Tarn pour rejoindre le départ kayak à 1 km de là. Je roule 100 m sur la route et m’aperçoit que mon pneu avant est crevé. Je continue en descente sur la jante. Il reste 500 m à parcourir en courant. Ouf, je vais avoir le temps de réparer pendant la pause de midi. Nous sommes alors à ce moment là premier ou deuxième, mais la plupart des équipes prendront les bonus. Les coéquipiers s’engagent alors en kayak dans les gorges du Tarn. Ils se font passer par plusieurs équipes mais arrivent très largement dans les temps. L’après midi Stéphane et moi repartons pour une bonne portions à pied. Nous commençons par 500 m de positif en pleine chaleur. Le départ se fait groupé. Nous savons que la journée va se jouer sur cette épreuve. Je fais tout pour rester au contact de coureurs à pied plus forts que moi. J’arrive sur le Causse bien entamé. Heureusement Stéphane fait une très bonne orientation. Jusqu’à l’avant dernière balise qui se trouve maintenant au milieu d’une foret qui n’est pas indiquée sur la carte. De nombreuses équipes jardines. Finalement Stéphane attaque la balise d’un point sur à l’azimut. Nous tombons pile dessus, et repartons. Au final, seulement 7 équipes valideront tous les bonus. Nous savons que nous sommes pas mal. La suite en VTT est aussi très bonne. Nous nous rendons compte que nous allons peut être finir sur le podium de l’étape. Nous espérons la victoire, mais nous nous rappelons qu’une équipe nous avait mis une valise en kayak. Nous finissons deuxième de l’étape à égalité de kilomètre avec 6 autres équipes départagés au temps. Enfin nous sommes récompensés de nos efforts, même si la victoire d’étape nous aurait fait plaisir. Au général nous devons reprendre 1 place. Nous souhaitons la bienvenue aux équipes de la translanguedoc et notamment aux deux équipes raid-up.
Jeudi 28 Avril la rechute.
Nous repartons de l’Espeyrou en direction des citées templières et du Larzac. Nous décidons de ne pas trop prendre de risque car les temps semblent serrés. Ceci constituera une première erreur. Nous ne prenons qu’une seule balise bonus alors que 3 étaient prenables puisque nous arrivons très en avance. La section suivante à pied ne sera pas meilleure. Cette fois ci je ne fais pas la section à pied car les deux coéquipiers sont presque remis, et je me préserve pour le contre la montre VTT qui doit suivre. J’attends prêt à partir pour le contre la montre. Je vois des équipes arriver. Je contrôle le temps pour pouvoir valider les bonus. Trop tard, pas de bonus à pied. Je suis furieux. Je crois que j’étais remonté pour faire un gros contre la montre, et la je m’aperçois que quoiqu’il arrive nous serons loin. Nous envoyons notre orienteur se vider la tête même s’il était prévu pour le contre la montre car il ne semble plus motivé et baisse les bras.. Finalement, nous faisons un pauvre contre la montre avec un coéquipier très fatigué car en route depuis le matin. De plus, nous nous posons pas mal de question existentielles sur la motivation de tout le monde. J’indique encore bouillant que je ne suis pas venu pour finir dernier et que nous valons bien mieux que cela. Finalement malgré le pauvre contre la montre (7 ème quand même sans avancer et en discutant) nous sommes décidés à continuer pour faire au mieux. Notre orienteur de base se remotive après une fin d’après midi de réflexion. Il nous dit vouloir faire la CO de nuit du Caylar à fond. Très bien. Tout le monde repart et oublie tout. Nous finirons plutot bien avec de faibles écarts sur la tête. Au général nous sommes toujours 10 ème.
Vendredi 29 Avril la grande étape (non stop) de la semaine
Nous partons du Caylar pour St Jean de fos dans l’Hérault au travers des gorges de la Virenque, de la Vis et de l’Hérault en passant par le Larzac. Les paysages sont somptueux, et la chaleur est au rendez vous. Au moment de prendre la décision stratégique de la journée, nous sommes avec raid nature 46 et Pic saint loup. Soit nous privilégions le VTT, soit nous privilégions la grande traversée des cirques rocailleux ensuite. Vu que nous sommes bien en vélo nous y allons et prenons tout avec raid nature 46. Ensuite, sur le coup de midi nous repartons Stéphane et moi pour la longue section à pied. Tout de suite je m’aperçois que je ne pourrais pas donner autant que lors de la montée des gorges du Tarn. Vu que le timing est juste, nous décidons de jouer la sécurité et n’allons pas vers les gros bonus malgré la facilité en orientation. Ce sera une sage décision, car nous serons ralentis plus loin par une traversée de garrigue obligatoire vu l’absence de chemin. Nous ne validerons finalement qu’un tout petit bonus sur cette section au prix de gros gros efforts pour arriver à temps. Stéphane a du d’ailleurs me tracter les derniers kilomètres. Je suis alors très très fatigué, et nous décidons que je ne repartirai pas ensuite. Pendant que nous sommes en transition après cette section à pied nos co-équipiers font la section kayak dans les gorges de l’hérault. Assez sympa apparemment selon eux. Puis, Stéphane repart avec eux pour la dernière section VTT avec de gros bonus à prendre. Cependant, ils ne pourront tout prendre en partie parce que Stéphane paie les efforts consentis pour me tracter. Au final, je garderai le souvenir d’une magnifique journée de raid. Je me sens cependant fatigué le soir.
Samedi 30 Avril : Les derniers efforts et une deuxième place d’étape
Apres une bonne nuit dans un gîte superbe nous repartons à pied des le départ. Je suis encore fatigué et dois tout donner des le départ. Je m’aperçois que je ralentis mes co-équipiers. Ceux – ci m’encouragent et me tractent dans les montées. Au final, nous ne serons que 3 équipes de la transmassif à tout faire lors de cette première section. Je donne tout pour finir à temps. Nous arrivons avec 15 minutes d’avance sur la limite bonus. Ceci sera utile pour la section VTT suivante que les gars feront en prenant tous les bonus. Ensuite il y aura des transitions VTT et en camion jusqu’au contre la montre final en kayak de mer. Stéphane et Patrick se défoncent pour assurer une place sur le podium de l’étape. Nous finissons deuxième de l’étape derrière Pic Saint loup. Nous aurions aimé gagné une étape, mais nous serons juste un eu déçu de ne pas être montés sur le podium ce soir là car apparemment les organisateurs n’avaient pas assez de lots pour le podium de la journée !!!
Finalement, je voudrais remercier l’équipe « section raid de sport événement » (Stéphane, Patrick et Pascal) de m’avoir accueilli dans leur équipe. Cette course a été de mon point de vue fantastique même si nous avons subi une poisse importante en début d’épreuve. Je voudrais aussi remercier Arnaud C. de Raid up qui avait pris les contacts avec l’équipe de sport évènement et qui m’a proposé de prendre sa place. Si je peux j’essaierai de lui revaloir cela. Merci aussi à Jean luc C. et Matthieu F. avec qui je devais initialement partir sur la transmassif et qui ont finalement fait la translanguedoc avec Arnaud C. et Hervé P.
En bref, un raid magnifique dans une région superbe. Pour sûr, un raid à faire, mais avec une grosse logistique et des moyens financiers. Des souvenirs fantastiques en tout cas.