Compte rendu du défi Clos Velours 2005 par Pierre Ouagne de l’équipe Autosur Pic St Loup (N° 18)
Après de vaines démarches pour essayer de monter moi-même une équipe pour l’édition exceptionnelle du raid 2005, j’ai eu la chance d’intégrer l’équipe Autosûr Pic St Loup au dernier moment bénéficiant du forfait tardif d’un des équipiers prévu initialement. Nous ne nous connaissions pas vraiment même si nous nous sommes rencontrés sur les éditions précédentes et sur la Transmassif cette année. Venant de Normandie, mes coéquipiers me récupèrent le samedi soir à la gare de Perpignan, et en avant pour l’aventure. Je fais alors connaissance avec notre coéquipière Florence (une cycliste sur route élite) et nos deux assistants Rachel et Jean Claude. La journée du dimanche passe assez vite, occupés que nous sommes par les vérifications et la préparation du matériel. Cela nous laissera tout de même du temps pour faire un petit tour de vélo dans l’après midi. En fin d’après midi, nous nous dirigeons vers la salle des fêtes d’Argeles ou les équipes sont présentées, les road book donnés et les repas prêts. Il nous faut alors rentrer les coordonnées des balises dans le GPS, et préparer notre itinéraire. Nous nous aiderons pour cela du logiciel carto explorer. Nous sommes les derniers à quitter la salle des fêtes vers minuit pour rejoindre le camping car de Franck (merci de l’avoir mis à la disposition de l’équipe) et dormir dans de bonnes conditions.
Le lundi matin, il est possible de sentir la tension dans certaines équipes. Le départ s’effectue en Kayak de mer et coastering sur environ 30 km. En effet, cette première épreuve s’avérera très tactique et passionnante puisqu’il y avait des balises placées au bord du rivage, d’autres sur la terre ferme avec du dénivelé jusqu’ 200 m (déjà !) et d’autres sous marines à environ 2 m de profondeur. Pour les balises situées sur terre placées aux sommets de péninsules nous avions décidé que deux d’entre nous montaient d’un côté et allaient pointer pendant que les deux autres faisaient le tour de la péninsule en kayak. Au final, nous arrivons dans les 5 premiers, je pense, près de l’arrivée où deux balises sous marines sont à pointer. Nous trouvons assez rapidement la première. La deuxième, proche de la première est introuvable. Nous passons pas mal de temps à plusieurs équipes à nous recaler. Un regroupement d’équipe s’opère. Dans la confusion je pense avoir trouvé la deuxième balise mais je déchante rapidement en constatant que je viens de re-pointer la première. Finalement la balise sera neutralisée pour ne pas trop fausser la course. Après un changement rapide de tenue, nous partons pour une bonne section de VTT. Nous prenons facilement les deux premières balises. Vient ensuite un choix cornélien pour la balise 3 située sur la crête frontière, et seulement accessible par un long sentier non praticable en VTT. Nous avons le choix de porter le vélo jusqu’au sommet et de continuer ensuite par les crêtes pour la balise suivante. Mais entre les deux balises le chemin est bien long, et nous ne sommes pas sûrs de pouvoir rouler. Nous décidons donc de faire un aller retour sur le sentier pour aller chercher cette balise 3. Cela s’avérera payant même si nous redescendons un peu bas afin de n’emprunter que des routes. Malgré un bon coup de barre d’Eric, nous arrivons au CP 4 en 4 eme position et plutot satisfaits. Pendant que Franck et moi discutons avec Fred et Yves Masson (le parain de la course), Florence notre star répond aux journalistes. Elle passera d’ailleurs plusieurs fois aux différents journaux télévisés. Arrive ensuite le point de rencontre avec l’assistance PRA 2 vers 15 h 30 je crois. Nous décidons de faire rapide. A ce moment la, je ne gère pas bien cette transition et mange beaucoup, trop bien trop, et ai du mal à repartir pour la longue course d’orientation au 25000 qui nous attend. J’essuie alors deux gros coup de bambou entre les balises 1 et 2 de cette CO et entre la 6 (optionnelle de 3 h) et la 7 lors de la longue remontée d’un canyon. Nous nous faisons doubler par Raidlinks que nous retrouvons à la source de la balise 7. Après avoir beaucoup bu, je commence à me refaire, et nous repartons normalement. Je m’en veux beaucoup, mais bon il y a encore beaucoup de chemin à faire. La suite de la CO sera plutôt bien gérée, en particulier sur les balises optionnelles difficiles pour beaucoup d’équipes. Nous avons orienté à trois sur ce coup, (un à la carte, un au GPS, et un à l’azimut boussole au cas où le GPS s’affole sous la couverture végétale), et cela a plutot bien fonctionné. Le rappel est notre prochaine destination. 70 m je crois. L’endroit au vu des photos doit être superbe, mais la nuit, les sensations sont très atténuées. Cependant, un rappel de nuit est une expérience plutôt rare, et je suis content de l’avoir vécu. Florence qui appréhendait l’expérience l’a plutôt bien vécue bien rassurée par une des personnes s’occupant du rappel. Après ce rappel, il ne nous restait plus qu’à descendre pour rejoindre le PRA 3. Nous décidons de prendre tout droit dans les buissons puis les épineux, puis dans un petit ruisseau. Au final je ne pense pas que nous ayons gagné du temps par rapport au détour que faisait la piste, mais nous avons tenté. Au PRA, vers 1h 30/ 2 h du matin notre assistance est prête et nous donne à manger. Les VTT sont prêts. Nous en profitons pour nous changer, pour recharger les camels et nos réserves de nourriture. Nous savons que nous allons partir pour un bon trajet, avec une grande montée pour commencer. Nous repartons peu de temps après les Caméléons, et les doublons dans la longue montée. Franck donne le rythme. Je me contente de suivre le rythme toujours inquiet des coups de barre précédents. Je ne force pas plus que cela et m’endors plusieurs fois sur le vélo. Je vois plein de choses incongrues, et en fais part à mes coéquipiers. Je me fais cependant une bonne frayeur en m’endormant au début de la longue descente qui suit la longue montée, et cela a le don de bien me réveiller. Nous sommes prudents dans la descente qui suit une piste en mauvais état, du fait d’un éclairage un peu juste pour la descente. Florence nous fera une belle chute. Nous sommes inquiets, mais elle se relève et nous repartons aussitôt. Robuste. Finalement, les Caméléons nous repassent dans la descente. Leur éclairage est impressionnant. Bien joué à eux. Apres une ou deux hésitations en début de journée nous arrivons finalement vers 10 h du matin au PRA4 dans les même temps que Caméléon, Raid Nature 46 II. Planète Aventure est juste devant. Nous sommes satisfaits de cela, et profitons du soleil du PRA pour nous reposer 20 minutes. Il ne nous reste plus que le dernier trek, qui commence avec un bon dénivelé. Encore une fois nous décidons de ne pas tout donner et de gérer, surtout sur la longue piste presque plate côté espagnol car le chemin est assez long. Nous serons encore doublés par Caméléon, et plus tard par raid nature 46 II sur la crête frontière. Nous pensons revoir ces équipes à l’arrivée, mais nous retrouvons d’abord caméléon au dernier CP, et rentrons ensemble vers l’arrivée, et arrivons quelques minutes avant Raid 46 II. Nous sommes très contents de cette étape bien gérée au niveau des choix et de l’orientation. Nous sommes 5 eme, et enchantés de cette position. Nous aurons donc mis 32 h environ pour compléter cette étape. Nous aurons donc environ 35 h à disposition pour nous reposer et préparer la deuxième étape lors d’une journée ensoleillée qui se terminera le soir autour d’un bon repas bio.
Apres une courte nuit (départ à 3 h du matin) nous nous élançons en VTT pour une bien longue et importante section puisque celle-ci sera marquée par une barrière horaire à 14 h pour la fin du VTT. Nous partons plutot correctement. Nous sommes avec quelques équipes de notre connaissance comme Planète Tonique et les Fous de Bassin. Proche du col d’Ares, nous prenons l’option des crêtes que je sais plus ou moins roulante de mémoire. Ce sera le bon choix, puisque nous croiserons les Fous de Bassin à l’envers lors de notre descente vers La Preste. En bas de la descente, nous nous regroupons avec Planète Aventure, et Planète Tonique peu de temps après. Une très longue montée nous attend avec près de 1500 m de positif, d’abord sur une petite route et ensuite sur une piste de plus en plus mauvaise. Nous nous arrêtons pour refaire les réserves d’eau sur le bord de la route ou un papy nous indique que cette eau est bonne. Mes coéquipiers repartent avec Planète Aventure. Je repars derrière à cause d’un petit problème de camel. Je remonte sur Planete Aventure. J’en profite pour discuter avec E. Lang. Planète Tonique reste derrière nous. Ils semblent nous marquer du fait de leurs 45 minutes d’avance. Nous commençons à distancer planète tonique. A ce moment la, je me sens alors super joueur, et décide d’accélérer un peu pour mettre un peu de pression aux équipes qui nous entourent. Nous nous retrouvons seuls rapidement (nous apprendrons que Planète Aventure a eu des problèmes mécaniques) et sommes très motivés. Nous nous disons que tout se passe décidément très bien sur ce raid. Nous penserons même avoir fait un super coup lorsqu’on nous dit que nous serons les derniers à monter aux arrêtes du Canigou pour le magnifique parcours de crête pour cause barrière horaire avancée pour météo menaçante. Nous pensons qu’il y aura très peu d’équipes classées en extrême et nous pensons avoir écarté Planète Tonique et Planète Aventure de la course. Nous nous relâchons beaucoup, et voyons deux équipes dont Planète Tonique nous rattraper après 1000 m d’ascension pour atteindre les crêtes. Cependant, le parcours de crête est magnifique, et nous avons la chance de le faire sous un très beau soleil. Bien aidée par Eric et Franck, Florence passera très bien malgré une forte appréhension. Nous sommes tous très contents d’avoir pu faire cette section et remercions Fred de l’avoir pensé pour le raid car on ne fait pas ce genre de section sur tous les raids. Bravo aussi aux gens du CNEC qui ont équipé les cordes pour l’occasion. Tout se passe encore très bien. La situation commencera à se gâter lorsque nous nous mettons à nous engueuler car je souhaite aller plus vite puisque encore bien. Mes co-équipiers déçus de voir revenir des équipes que nous pensions éliminées de l’extrême (barrière finalement maintenue à 14 h) ont un coup de barre. La tension est évidente, et la grosse engueulade arrivera lors de la section VTT suivante peu roulante et nécessitant de nombreux portages. J’ai l’impression d’être le bouc émissaire de tous les mots de l’équipe. Finalement après beaucoup de paroles ridicules, nous continuons et arrivons peu après Planète Tonique. Nous avons perdu pas mal de temps sur Raidlinks. Il est minuit environ. Je souhaite un arrêt court (bouffe, ravito sacs) et aller à la section spéléo suivante rapidement afin de pouvoir se reposer une petite heure ensuite. Finalement, nous passons pas mal de temps à manger et à discuter avec notre assistance. Nous allons à la grotte toujours en compagnie de Planète Tonique. Grotte très jolie pour une bonne promenade souterraine. J’apprécie. A la sortie, nous sommes fatigués, et un repos de trois à quatre heures est décidé. Je pense que c’est trop, car je sais que les autres feront des arrêts d’une demi-heure sur le parcours, mais en même temps, je suis aussi fatigué, et je ne peux de toute façon m’opposer à cette décision. De plus, la priorité est d’aller au bout. Nous repartons donc 4 h après à la suite d’un bon petit déjeuner. La courte section VTT se passe bien. Je sens mes coéquipiers de nouveau motivés lorsque nous entamons la dernière section de trek vers 9-10 h du matin. Nous finirons cette très longue section vers minuit. Nous partons donc très rapidement. Tout se passe bien à ce moment là. Nous reprenons les Fous de Bassin qui avaient beaucoup moins dormi. Nous pensons que nous pourrons continuer à reprendre du monde. Nous rattrapons aussi une équipe du classement aventure, mais la fatigue commencera à nous rattraper dans la partie finale du coll del pals. En plus, je perds la carte au sommet à cause d’une rafale de vent soudaine qui me déséquilibre et qui me contraint à lâcher la carte. Nous aurons la chance qu’un membre de l’organisation puisse nous en prêter une autre. Nous continuons et arrivons ensuite à un CP ou un point « médical » est fait . Le visage de Florence est bien marqué par la fatigue. J’ai peur à ce moment la qu’elle décide d’arrêter car elle ne me semble plus avoir envie. De plus la médecin l’encourage à abandonner. Cependant, nous repartirons après avoir mis les points de passage sur la nouvelle carte. Finalement après une vingtaine de minutes de repos, Florence est mieux. Bravo à elle de ne jamais lâcher. C’est vrai qu’elle a un énorme potentiel (on ne peut être élite en cyclisme sur route pour rien), mais elle aurait pu se dire que trop c’était trop. Nous repartons assez lentement car nous lisons les temps de passage des équipes qui nous précédent. Nous nous apercevons que ces équipes ont été à la même vitesse que nous sur ce trek malgré le fait qu’ils aient moins dormi. Cela met un coup au moral de Franck. Je ne dis rien cette fois. Cependant Eric veut en finir au plus vite comme moi, pour faire au mieux et nous ne nous énervons pas cette fois ci. La fin de ce trek sera longue particulièrement sur la portion de GR 10 que nous devons emprunter. Sur la fin, Eric finit fort. Proche de l’arrivée, je me retourne et m’aperçoit que Franck n’est plus la. Nous attendons, puis je remonte. En fait il s’est pris un gros coup de bambou sans rien dire. Apres avoir mangé, nous finissons finalement cet énorme trek. Il est minuit et il ne nous reste plus que la course au score CO sur une carte spécifique. Nous voulons tenter quelques options, mais nous ratons une balise par manque de lucidité en passant tout proche. Ensuite le doute s’installe. De plus des constructions se sont ajoutées et ne figurent pas sur la carte. Nous parlons trop et je doute. Il fait très froid et humide entre Eyne 1600 et le village. Franck et Florence sont frigorifiés et veulent en terminer. Finalement nous décidons de ne prendre que les balises obligatoires. J’ai la pression car je vois qu’il faut en terminer au plus vite, et je fais une erreur. Finalement, nous prenons les trois balises dans un ordre non logique, et rentrons. Je suis très déçu de cette fin, car j’espérais faire une bonne CO. De plus une arrivée de nuit devant 2 personnes fait un peu bizarre, et nous ne savourons pas le fait d’avoir compléter cette aventure à 4. Nous pensons qu’il aurait fallu faire arrêter la deuxième étape à la fin du trek et faire faire la CO au score le samedi matin de jour pour tout le monde avec les équipes finissant sous les applaudissements des assistants, spectateurs etc….Nous prenons tout de même une bière avant d’aller nous coucher.
Le lendemain, j’en profite pour aller me doucher à Mont Louis dans la citadelle des commandos. Impressionnants les bâtiments, et nous attendons ensuite la remise des prix sans connaître notre classement. Les équipes du classement aventure défilent. Du dernier au premier. De gros applaudissements sont donnés à l’équipe 12 « Veritas » pour leur courage d’en avoir terminé à chaque fois très loin derrière tout le monde. Toutes les équipes disent un mot dans la bonne humeur. Fred enfile les sabots fétiches de l’équipe hollandaise. Les Caméléons avec qui nous avons lutté lors de la première étape finissent seconds du parcours aventure, alors que Planète Aventure avec Emmanuel Lang gagne ce classement. Ils auraient peut être été devant nous en extrême sans casse matérielle. Bon ils gagnent quand même l’inscription au prochain raid. Pas mal comme lot de consolation. Vient ensuite le classement extrême. La huitième place, la septième place pour les Fous de Bassin, la sixième place pour Raidlinks. Nous n’y croyons pas lorsque finalement on nous appelle pour la 5 ème place. Nous sommes ravis et surpris. Nous nous disons que même sans le long arrêt pour dormir après la grotte il aurait été très difficile d’aller chercher Planète Tonique à la 4 ème place. Bravo à eux, bravo à leur organisation. Je suis tout de même content de les avoir fait douter pendant de longues heures. J’en profite aussi pour féliciter Jean Marc et ses coéquipiers de raid nature 46 II qui ont fait une énorme deuxième étape. Enfin bravo aux vainqueurs, même si pour moi il est difficile de mesurer leur exploit du fait d’une telle différence de niveau.
Enfin merci encore à mes coéquipiers et à notre partenaire « Autosûr » de m’avoir permis de vivre cette superbe épreuve. C’était ma 3 ème participation au défi Clos Velours, et j’espère que ce ne sera pas la dernière.
A bientôt en 2006 ou 2007 ?
Pierre